

La Disgrâce
Voix : Suno
La Disgrâce est une chanson satirique inspirée de la célèbre réflexion de Michel de Montaigne : « Sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ». À partir de cette idée, le texte explore la fragilité du pouvoir, de la célébrité et de la réputation.
La chanson s’intéresse moins aux fautes individuelles qu’aux mécanismes collectifs qui permettent à certaines dérives de perdurer. Derrière les figures admirées, les statues, les couvertures de magazines et les hommages officiels, elle montre les silences, les complaisances et les aveuglements qui accompagnent souvent les situations de pouvoir.
Le texte décrit le moment où le système se fissure : les langues se délient, les témoignages émergent et ce qui était connu de beaucoup devient soudain visible de tous. L’œuvre interroge alors la responsabilité individuelle et collective : qui est réellement coupable ? Celui qui agit ? Celui qui sait ? Celui qui détourne le regard ?
Au-delà des scandales contemporains, La Disgrâce traite d’un sujet universel : l’illusion de l’impunité. Aucun statut, aucune célébrité, aucune position dominante ne protège éternellement du jugement de l’histoire. La chute devient alors le miroir inversé de la gloire.
Portée par une esthétique jazz élégante et ironique, la chanson mêle réflexion philosophique, critique sociale et humour noir. La référence finale aux toilettes ramène avec malice les puissants à leur condition humaine la plus élémentaire.
Les paroles intégrales de la chanson La Disgrâce sont proposées ici accompagnées de l’enregistrement audio.
Chanson inspirée de la pièce de théâtre Sur un plateau de Jean-Pierre Martinez
https://jeanpierremartinez.net/sur-un-plateau/
Les paroles de la chanson La Disgrâce
Sur le plus haut trône du monde
Disait Michel de Montaigne
On n’est jamais assis que sur son cul
Un banc dans une ruelle immonde
Ou un fauteuil Avenue Montaigne
On choisit le siège le plus en vue
C’est humain
Mais plus le siège est, haut
Plus dure sera la chute
Hier encore, on les portait aux cieux
C’était des idoles, des saints, des bienheureux
On les vénérait comme des dieux
On les jurait en tout point vertueux
Leurs noms étaient gravés
Aux frontons des chaînes de télé
Leur portrait à la une des revues
Sur la Place des Grands Hommes leurs statues
On louait le talent et l’engagement
Le génie et la modestie
De ces professeurs de vertu
De ces modèles absolus
Des exemples pour les enfants
Des références pour leurs parents
Dans les coulisses dorées
Pendant ce temps
Dans les salons capitonnés
Derrière les portes fermées
Des presbytères, des ministères
Des arrière-salles de concert
Des gens savaient depuis longtemps
Et détournaient les yeux
Pour regarder ailleurs
Des amis trop accommodants
Des obligés voire des voyeurs
Pour les vieux crocodiles
La fête battait son plein
Les proies étaient faciles
Mais quand la coupe est pleine
Arrive le jour où dans le calice
La lie remonte à la surface
Advient le jour de la disgrâce
Ce jour où une goutte de trop
Fait déborder le marigot
Et c’est l’heure du déni
quel objet, quel délit
Comment pouvez-vous croire
À de pareilles histoires
Et les langues se délient
Viennent les témoignages
Oui, tout le monde savait
Pourquoi n’avoir rien dit
La parole de l’un contre celle de tous
Il est bien loin le temps
Des tous pour un, un pour tous
Quand la marée se retire
Même les rois sans maillot
Les satyres sans scrupules
Se retrouvent le cul nu
À poil en garde à vue
Et c’est l’heure des bilans
Des juges, des châtiments
L’heure des prises de conscience
Des complaisances, des défaillances
Docteur Jekyll ou Mister Hyde
Faut-il condamner les deux
Comment pardonner à l’un
Sans exonérer l’autre
De l’état de grâce à la disgrâce
Et des recours en grâce
au coup de grâce
Qui est le plus coupable
Le criminel ou celui qui savait
Et qui n’a rien dit
De cet excès d’honneur, à cette indignité
Encore faut-il s’interroger
Le trône était trop haut
C’était celui des WC
Il est venu le jour de la disgrâce
C’est le moment de tirer la chasse
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